C'est encore une année à casser des haubans, Traverser les damnés et bouffer du caplan, Une année de misère à traverser les mers Pour ramener à terre un paquet de l'Enfer.
C'est encore une année collée sous les embruns, La coque martelée de tempêtes sans fin, Une année que les vieux appellent la damnée, Mais il faut bien y aller qu'importent les dangers.
C'est une année maudite où même à quai au port, A peine réparés les plats bords, suants d'efforts, Il nous faut repartir vers les glaces du nord, Essayer de pêcher sans souquer les vieux ports.
C'est une année fichue, mais il faut bien remplir Les cales de salpêtre sans devoir tout pourrir Et mettre son orgueil de marin de côté Si l'on n'veut pas qu'le deuil ne prenne sa maisonnée.
Il faut toujours devant prendre le large à temps, Sans jamais s'arrêter, pour laisser quelqu'argent A ceux restés à terre, en trimant sang et eau Pour une pomme de terre qui leur ferait défaut.
Et même si c'est dur, qu'il faut s'accommoder De la Dame Nature qui nous en fait baver Sans doute à la prochaine on fera une fête Et l'on oubliera tout, prêts à d'autres conquêtes.